A propos de musique…

A l’issue de ce workshop, les projets « 15 minutes » et « Gabégie » diffèrent en tous points. Mais un point commun les rapproche : la musique ! Que son style s’apparente à la celui d’un film traditionnel ou s’aventure au contraire dans des registres plus expérimentaux, les deux projets ont fait appel aux talents de composition de Nelson, responsable de la musique, assisté par Damien, qui a lui aussi livré quelques musiques aux univers électroniques.

Extraits :

Pirate 3 – Nelson MALLEUS
Indus – Damien DEGREMONT

Dans le projet « Gabégie », le choix a été pris d’utiliser deux musiques aux styles totalement distincts.

Pour accompagner la partie « institutionnelle » qui introduit la fiction du transmédia, Nelson a composé des nappes musicales discrètes, qui gagnent en puissance au fur et à mesure de l’expérience. A certains endroits, la musique colle au plus prêt des images. La difficutlé technique a consisté à accompagner les moments de flottements, quand le film s’interrompt et que l’utilisateur voit l’écran de l’I-phone basculer en mode caméra. C’est à ce moment que l’utilisateur pourra faire démarrer la vidéo suivante, en “scannant” un tag, point qui introduit l’étape suivante. Comme il est impossible d’estimer précisément le temps qu’il faudra à l’utilisateur pour réaliser cette action, Nelson a dû prévoir des boucles musicales s’accordant parfaitement avec le reste de sa composition. Il a utilisé le programme Fmode, le logiciel de traitement sonore de l’expérience.

Pour accompagner les séquences pirates, Damien est venu apporter son style, en livrant plusieurs musiques électroniques, de type dub step ou indus. Beaucoup plus fortes, beaucoup plus violentes, elles apportent le contrepoint parfait pour illustrer l’esprit hacker de cette partie du projet. L’idée est que cette musique, accompagnée des vidéos du pirate et des parasites, viennent bousculer l’expérience de l’utilisateur en interrompant à tout moment le parcours institutionnel.

“Au moment du tournage des séquences « pirates », dans des locaux de la Friche Belle de Mai, le réalisateur (Gaëtan TESSIER) m’a demandé de créer une musique type « underground électronique ». Pour moi, le parti pris de la musique fut vite choisi. J’ai immédiatement imaginé des styles tel que : dubstep, drumstep, jungle ou drum and bass. Je me suis donc attelé à la tâche en créant des morceaux de maximum deux minutes car les vidéos pirates ne durent que de quelques seconds à une minute maximum. Le but étant que la musique accentue l’intrusion des « pirates » dans la vidéo institutionnelle. Il fallait donc créer des boucles avec une batterie déconstruite et une structure « non-conventionnelle ». C’est donc une musique de type « futuriste » et non commerciale (totalement underground quoi). Elle permet de situer idéologiquement le pirate dans sa quête du non-conformisme. Le BPM élevé casse la « monotonie » linéaire de la vidéo institutionnelle et doit donner envie à l’utilisateur de s’allier à la quête pirate qui semble plus attrayante et plus enrichissante que la ballade construite d’avance par la compagnie fictive, Pro-Tech.”

Damien Degremont

 

Dans le projet « 15 minutes », c’est un tout autre état d’esprit qui a mené à la composition des morceaux. Laissons la parole à Nelson :

Quelle est la place de la musique extra-diégétique dans un transmédia se déroulant in-situ ? Première réponse : elle n’a pas sa place car elle n’était pas là in-situ (mais quel intérêt alors de faire un transmédia ?).  Seconde réponse : comme dans les multimédias auxquels nous sommes déjà habitués (films,  jeux vidéos…), elle permet d’apporter ce qui est hors de portée de l’image et du son. La musique du transmédia in-situ doit donc contribuer de façon positive à la discrépance. « 15 minutes » est un thriller de science fiction. Traditionnellement, la musique accompagne ce genre de film pour faire monter ou entretenir la tension, créer et livrer au spectateur des informations.

Pour que le spectateur ne soit pas extrait de la fiction dans laquelle il se trouve plongé, j’ai limité, dans la mesure du possible, mon instrumentation à des mélodies subtiles, centrées autour de cordes. Elles se caractérisent par la douceur de leur attaque et leur possible mélange. Je me suis aussi permis d’utiliser le célesta dans plusieurs passages.

A l’opposé de cette contrainte de discrétion dans l’écriture, les déplacements du spectateur offraient plus de liberté : quand le spectateur se déplace d’un point à l’autre, une plage de 20 à 40 secondes dans laquelle la musique se trouve au premier plan se libère. Des modes de jeux variés aux cordes (pizzicato, pizzicato bartok, col legno…) ont pu alors se déployer. La musique porte le spectateur (choix des rythmes en particulier) et peut soit l’interroger, soit l’installer dans l’ambiance de la scène suivante.

Le transmedia in-situ, avec un choix de scénarios multiples, est une expérience nouvelle pour la plupart des spectateurs. Pour ne pas perdre le spectateur, j’ai donc cherché à limiter le nombre de thèmes principaux au minimum : deux, en donnant à chacun de ces thèmes plusieurs fonctions (un des thèmes, celui avec le célesta, a, par exemple la responsabilité du rêve, du souvenir, de l’enfance, de l’incompréhension et du risque présent). Chacun des deux thèmes présente un certain nombre de variations assez discrètes. J’ai aussi créé quelques liants en prenant des éléments d’un thème pour les passages qui ne devaient pas être rattaché trop fortement à l’une des deux identités. Lorsque l’on écrit une musique pour un film, on connaît le début, la fin, ainsi que tous les passages intermédiaires. Or pour ce type de média, on ne connaît que le début. Le spectateur se trouve face à des embranchements, il peut alors choisir un chemin ou un autre… pour aboutir à des fins différentes. Si par exemple en partant de A on peut aller à B ou à C, il faut que le musique de A introduise bien  à la fois B et C. Cela semble évident, mais cela complexifie considérablement la composition. C’est pourquoi, étant donné ces contraintes et le temps disponible, limiter les thèmes paraissait une bonne solution.

Enfin, fallait-il accompagner les moments où le spectateur doit faire un choix par une boucle musicale ? Dans le cas de « 15 minutes », j’ai préféré ne pas le faire. D’une part parce que la musique aurait forcément influencé le choix du spectateur. Et aussi parce que je redoutais une ambiance « Game over, voulez-vous recommencer ? ».

Nelson Malléus

 

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